Alors que je suis définitivement devenu un "Vélib'iste", l'actualité du Tour de France m'attriste. Chaque jour, une nouvelle équipe semble devoir se retirer suite à un contrôle positif de l'un de ses coureurs. Je pense à cette phrase de Lionel Jospin : "oui à l'économie de marché, non à la société de marché !". C'est effectivement ce que m'inspire la situation. Si le marché présente incontestablement des vertus, notamment dans sa capacité à créer de la richesse, quand il n'est pas régulé, ou pis, quand il s'occupe de ce qu'il ne le regarde pas (l'amour, la nature, la santé, le sport, ...), ses effets sont délétères, voire tragiques. Je ne peux m'empêcher de penser que ces corps ont été "marchandisés" pour les besoins de la cause publicitaire, et cela m'indigne. Mais il est facile d'accabler un marché anonyme. Nous,spectateurs, qui suivons malgré tout, et parfois même avec enthousiasme, le Tour de France, avons une responsabilité dans la dégradation de cette belle compétition. Il nous incombe de faire savoir, y compris par le "boycott", que cette dérive est devenue insupportable et inadmissible.
Jean-François Lavaud


L'exclusion de Michael Rasmussen et le retrait de
l'équipe Cofidis plongent le Tour dans le chaos
LE MONDE | 26.07.07 | 10h12 • Mis à
jour le 26.07.07 | 10h42
GOURETTE, ENVOYÉ SPÉCIAL
Ce devait être le Tour de la reconstruction, c'est un champ
de ruines. Au jeu de massacre des mensonges et du dopage, les masques sont
tombés l'un après l'autre. Pour la deuxième année d'affilée, la plus grande
course cycliste du monde est décapitée. Et son maillot jaune est en lambeaux.
Depuis quelques jours, l'envol irrésistible du Danois Michael Rasmussen
virait au grotesque, et même son équipe, Rabobank, s'en est rendu compte, au
point de mettre fin au ridicule. Chicken, comme on le surnomme dans le peloton,
comptait bien plumer le Tour comme l'avait fait un an auparavant l'Américain
Floyd Landis, convaincu de dopage à la testostérone quelques jours après avoir
reçu les lauriers de la victoire sur les Champs-Elysées.
La grande banque néerlandaise a fini par admettre que le grimpeur danois,
qui venait de décrocher, mercredi 25 juillet, comme à la kermesse, sa deuxième
victoire d'étape dans ce Tour au sommet de l'Aubisque, lui avait menti. Et
pourtant, vingt-quatre heures plus tôt, Michael Rasmussen, flanqué de son
manager et de son avocat, était venu justifier son emploi du temps douteux de
globe-trotter de la triche tout au long de la saison.
De revirements en embrouillaminis, de fédérations de complaisance en fax
perdus, le maillot jaune du Tour s'est emmêlé les pédales, alors que la vérité
était criante : il s'est soustrait volontairement, et à plusieurs reprises, à
des contrôles inopinés pour mieux préparer dans l'ombre son objectif, gagner le
Tour. A tout prix.
Ce ne sera pas pour cette année, et, malgré le désarroi d'une première
direction de l'épreuve entachée de scandales, Christian Prudhomme ne cachait
pas un certain soulagement : "Nous avons fait tout ce que nous pouvions
pour écarter la suspicion. Au moins, j'ai le sentiment de ne pas être
déshonoré. On ne peut pas se moquer impunément du Tour de France." En
à peine plus de 24 heures, la Grande Boucle, qui croyait pourtant avoir tout
vu, tout vécu, depuis une décennie, a perdu ce qu'il lui restait d'illusions.
L'annonce, mardi 24 juillet, du contrôle positif d'Alexandre Vinokourov avait
déjà sérieusement ébranlé ses fondations chancelantes. Les deux bannis de ce
Tour des impostures se réclamaient du même homme, Lance Armstrong, le septuple
vainqueur de l'épreuve. Alexandre Vinokourov avait choisi de se préparer, comme
l'Américain, auprès du médecin italien Michele Ferrari, expert es transfusions
et gourou de nombreux candidats aux paradis artificiels de la victoire.
BRONCA À L'ARRIVÉE
Conspué sur la montée de l'Aubisque où il était allé chercher, en jaune, un
succès anecdotique, Michael Rasmussen s'est comparé au Texan qui écrasa le Tour
de 1999 à 2005 : "Je comprends maintenant ce qu'a dû subir pendant sept
ans Lance Armstrong et je l'admire encore plus chaque jour." L'ironie
du sport est cinglante et c'est précisément un employé de Lance Armstrong, le
jeune Espagnol Alberto Contador, qui hérite de l'habit de lumière. Un succès
pour la Discovery Channel en partie dirigée par le Texan, puisque son
compatriote Levi Leipheimer est désormais quasi certain de terminer lui aussi
sur le podium à Paris à moins que les certitudes du moment ne soient à nouveau
démontées par l'absurde.
Une alternative semblait pourtant se dessiner avec l'initiative de huit
équipes, six françaises et deux allemandes, réunies dans un "Mouvement
pour un cyclisme crédible". Au lendemain de la bombe "Vinokourov",
et sans savoir que bientôt, Chicken se brûlerait les ailes, les coureurs de ces
formations avaient osé défier le maillot jaune au départ de la 16e
étape, à Orthez. Le Danois avait joué des coudes pour remonter le peloton
jusqu'au sit-in improvisé par les coureurs rebelles. Sur la ligne de départ,
pendant de longues minutes, le maillot jaune les avait toisés non sans mépris.
Lorsqu'il leva les bras sous une bronca à l'arrivée, le triomphe de Michael
Rasmussen était d'autant plus total que l'engrenage des mauvaises habitudes
avait en partie discrédité ses détracteurs. L'Italien Cristian Moreni, membre
de l'équipe Cofidis qui faisait partie des protestataires du matin, quittait la
ligne d'arrivée escorté par deux gendarmes. Le coureur transalpin a été
contrôlé positif à la testostérone à l'issue de la 11e étape entre Marseille et
Montpellier, jeudi 19 juillet. Les certitudes se brouillaient de plus belle.
"C'est la terre qui tremble, c'est un séisme. Je ne veux pas réagir
à chaud, mais c'est sûr que cela peut avoir des conséquences très graves pour
la pérennité de l'équipe", confiait Eric Boyer, le manager de la
formation française déjà secouée, en 2004, par une affaire de trafic de produits
dopants impliquant plusieurs de ses coureurs et soigneurs.
"J'ai été patient, j'ai écouté Cristian et je lui ai demandé de me
dire la vérité. Il a reconnu les faits et n'a pas demandé de contre-expertise.
Il a dit qu'il avait pris des médicaments, qu'il avait eu un moment de
faiblesse, qu'il avait succombé. Je me sens responsable de ne pas avoir été là,
de ne pas avoir vu ce moment de doute", ajoutait-il, alors que son
équipe quittait le Tour.
La nuit tombée, c'était au tour de Michael Rasmussen de plier bagage.
François Thomazeau
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